« Tu as beau avoir mis la meilleure dose d’engrais possible, y aller avec précision, varier ta dose au champ, s’il n’y a pas d’eau, la plante ne sera pas capable d’aller chercher les éléments nutritifs dont elle a besoin », explique d’entrée de jeu Carl Boivin, agronome à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).

Le rôle de l’eau dans l’absorption des éléments nutritifs
Carl Boivin travaille sur la gestion de l’eau depuis une quinzaine d’années. Son principe fondateur tient en une image : le diagramme de Venn.
« Je donne souvent en exemple l’image du diagramme de Venn avec trois cercles qu’on superpose le plus possible. Ça prend des éléments nutritifs produits par les engrais, de l’eau et des racines au même endroit et en quantité optimale. »
Ce principe élémentaire devrait guider tout producteur souhaitant maximiser le potentiel des fertilisants enfouis dans le sol. L’enjeu : une plante agit comme une pompe, pas comme un aspirateur. Elle ne peut absorber que ce que l’eau transporte jusqu’à ses racines.
« Il faut se demander où va l’eau dans le champ. Si on est capable de mettre l’engrais là où il y a de l’eau et où se trouvent les racines, c’est la meilleure façon d’améliorer l’efficacité d’un système », précise-t-il.
L’exemple de la fraise : quand l’engrais rate sa cible
Au fil de ses travaux avec la chercheuse Christine Landry, Carl Boivin a étudié en détail le cas de la culture de la fraise hors-sol sous serre — habituellement irriguée au goutte-à-goutte, protégée par un paillis de plastique, avec des engrais granulaires appliqués au printemps dans l’ensemble de la butte.
Par la façon dont ses feuilles se développent autour d’un axe central, la fraise agit comme un entonnoir : une partie de l’eau de pluie converge vers la tige, mais le reste est détourné dans l’entre-rang à cause du paillis. Avec le système goutte-à-goutte, l’eau se concentre au centre de la butte alors que le système racinaire s’est étendu à l’ensemble du sol.
« En défaisant des buttes à l’automne, on s’est rendu compte que 40 à 50 % des engrais étaient dissous au centre, mais le reste dans les épaules du monticule était toujours en place parce qu’il n’y avait pas eu d’eau pour aller les chercher. »
Conclusion : même avec un travail de mécanisation plus complexe, concentrer les engrais au centre de la butte — là où l’humidité est présente — optimise leur potentiel de façon significative.
Le chercheur souligne aussi l’incongruité d’un producteur qui sèmerait des engrais à la volée avant de travailler le sol : « On fait l’hypothèse que les racines vont couvrir 100 % du volume travaillé et que l’eau va humidifier 100 % de ce sol. Ce qui n’est évidemment pas toujours le cas. »

Culture en serre : la solution la plus précise
L’interaction entre les engrais, l’eau et les racines ne peut être mieux maîtrisée que dans un environnement contrôlé. Dans un contexte de changements climatiques, de pression sur les ressources en eau et de hausse du prix des intrants, la culture maraîchère en serre demeure la solution la plus performante en termes de rendement et d’économie d’eau.
« Pour un kilogramme de tomates produites en champ, on doit utiliser 60 litres d’eau, sans parler des nombreux passages de tracteurs. Dans une serre Luminosa, il nous faudra 15 litres d’eau pour des rendements cinq fois supérieurs. La culture en serre est beaucoup plus précise avec les systèmes d’irrigation, que ce soit au goutte-à-goutte ou en hydroponie. » — Corenthin Chassouant, directeur des ventes, Industries Harnois
L’hydroponie et le recyclage du lixiviat
Avec une installation hydroponique équipée des bons systèmes d’irrigation, il est même possible de recycler le liquide ayant traversé le substrat de culture. Après vérification de son électroconductivité, ce lixiviat est réintroduit dans le circuit de fertilisation, ajusté en dose d’engrais et en pH.
« Dans une culture en serre comme celle-là, on parle d’une économie d’eau d’environ 90 % par rapport à la culture traditionnelle », souligne l’agronome.
Qualité de l’eau et traitement
L’un des enjeux de la culture sous serre à haute technologie reste la qualité de l’eau utilisée dans le système d’irrigation. Les engrais dissous produisant un liquide salin, son recyclage nécessite un traitement en amont — osmose inversée ou filtres UV pour éliminer les germes
Capteurs et nouvelles technologies
L’intégration de capteurs sur les plants permet aujourd’hui de mesurer la pression dans le substrat et d’anticiper les besoins en eau en temps réel. Cette donnée, croisée avec le pilotage du système de fertilisation, élève la gestion eau-engrais à un niveau de précision inaccessible en plein champ.
« Les nouvelles technologies permettent de mieux anticiper les besoins en eau et, conséquemment, d’arriver à une consommation plus efficace des engrais », conclut Corenthin Chassouant.
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Source : La Terre de chez nous